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Quand une lettre franchit les murs d’une prison et aboutit à une découverte mathématique

En octobre 2025, Solidarité FreeAzat organise à Paris une soirée d’écriture de lettres en soutien aux prisonniers politiques russes, avec l’équipe Navalny France et la Libre Pensée.

Parmi les participants se trouve Bernard Randé, mathématicien, ancien professeur de classes préparatoires au lycée Louis-le-Grand et adhérent de l’association. Plutôt que d’envoyer une lettre de soutien classique, il souhaite offrir à Azat ce qui lui manque le plus : un véritable problème de mathématiques.

Après avoir étudié plusieurs travaux scientifiques d’Azat, transmis par son épouse Elena Gorban, et échangé avec plusieurs collègues, Bernard Randé sélectionne un problème lié à la conjecture de Chui, une question ouverte depuis 1971.

Le 26 octobre 2025, il rédige sa lettre et y joint cet exercice encore non résolu.

Commence alors un patient travail de traduction. Les démonstrations et les formules mathématiques sont réécrites de manière à pouvoir franchir la censure pénitentiaire russe. La lettre est finalement expédiée à Azat à la fin du mois d’octobre.

Puis, plus rien.

Pendant plusieurs mois, personne ne sait si la lettre est arrivée à destination.

Le 6 mars 2026, contre toute attente, Bernard Randé reçoit, par l’intermédiaire de Solidarité FreeAzat, une réponse d’Azat.

Sa lettre débute par ces mots :

« Ainsi, votre problème, qui a égayé mes journées et m’a privé de nombreuses heures de sommeil, est devenu pour moi comme une bouffée d’air frais. Je vous en remercie infiniment. »

Mais la surprise ne s’arrête pas là.

La lettre est accompagnée de six pages manuscrites d’une remarquable précision. Azat y expose la méthode qui lui a permis de résoudre le problème proposé.

Il écrit :

« Sans doute n’aurais-je pas osé vous répondre si mes efforts pour résoudre votre problème ne s’étaient pas soldés par un certain succès. Il me semble que non seulement j’ai résolu ce problème, mais que j’ai également obtenu un résultat plus général, que je vous envoie avec cette lettre. »

Cette réussite est d’autant plus remarquable qu’Azat a travaillé dans des conditions extrêmes. Pendant quatre mois, enfermé en prison, sans bibliothèque scientifique, sans accès à Internet, sans échanges avec d’autres mathématiciens et avec seulement quelques heures par jour d’accès au papier et au stylo, il est parvenu à résoudre un problème qui était alors ouvert.

Ce résultat a ensuite été développé sous la forme d’un article scientifique rédigé en français. Il sera publié début août 2026 dans la Revue de Mathématiques RMS.

Dans sa lettre, Azat explique également ce que cette initiative a représenté pour lui :

« Étant en détention, je reçois beaucoup de belles lettres de personnes très différentes, mais votre lettre est devenue pour moi quelque chose de particulier. Il m’est précieux que la solidarité me soit exprimée par un collègue de métier. Et qu’elle le soit précisément de la manière dont je l’aurais le plus souhaité : en m’envoyant un problème intéressant et non résolu. Je dois dire que les nouveaux problèmes me manquent beaucoup, tout comme les échanges mathématiques en général. »

Cette histoire ne s’arrête pas là.

Une autre adhérente de Solidarité FreeAzat, Averil Aussedat, post-doctorante en mathématiques à l’université de Pise, propose à son établissement d’inviter officiellement Azat à présenter ce résultat.

Le 23 juillet 2026, Elena Gorban reçoit une lettre officielle de l’université de Pise invitant Azat à intervenir lors d’un séminaire scientifique prévu en avril 2027.

Même si les autorités pénitentiaires russes refusent aujourd’hui de lui permettre de voyager, cette invitation constitue une reconnaissance scientifique importante. Elle témoigne que, malgré plus de sept années d’emprisonnement, les travaux d’Azat continuent d’être reconnus par la communauté mathématique internationale.

Solidarité FreeAzat prendra prochainement contact avec l’ambassadeur d’Italie à Moscou afin de lui proposer d’intervenir auprès de l’administration pénitentiaire russe. L’objectif serait de permettre à Azat de présenter ses travaux en visioconférence depuis sa prison, afin que la science puisse, elle aussi, franchir les murs qui l’enferment.

Cette histoire montre que la solidarité n’est jamais un geste anodin. Une simple lettre écrite lors d’une soirée de soutien est devenue un échange scientifique, une découverte mathématique, une publication dans une revue française et, désormais, une invitation officielle d’une université européenne. C’est aussi cela que construit Solidarité FreeAzat : des liens humains capables de franchir les murs d’une prison.

©RusNews

Au printemps 2026, alors que son transfert dans la prison de Kharp et les tortures qu’il dénonce font craindre une aggravation dramatique de sa situation, Azat Miftakhov remporte, avec son épouse Elena, trois victoires judiciaires successives en moins d’un mois. Dans la Russie actuelle, où les décisions favorables aux prisonniers politiques sont extrêmement rares, ces jugements sont considérés comme exceptionnels par les avocats et les journalistes qui suivent son affaire. Retour sur un combat mené à la fois devant les tribunaux et sur la scène internationale.

Ténacité et détermination d’Azat, soutien international

Dès le mois de mai 2026, Azat a subi des pressions de la part de ses geôliers qui voulaient l’obliger à signer des documents où il affirmait être bien traité et où il renonçait à dénoncer en justice les tortures dont il avait fait l’objet.

Azat a refusé de signer ces documents. Avec ténacité et détermination, lui et sa femme Elena ont multiplié sans relâche des plaintes et des recours en justice pour qu’une enquête soit ouverte sur les tortures.

De notre côté, le comité « sauver Azat » a publié le 21 mai une première version de signatures de notre appel international, comprenant 32 organisations.

Après les tortures, une première défaite

Azat et Elena ont engagé une plainte en justice contre l’enquêteur qui avait conclu qu’il n’y avait pas d’éléments permettant d’ouvrir une enquête sur les tortures subies par Azat. Le 26 mai, le juge a donné raison à l’enquêteur, empêchant ainsi toute possibilité d’enquête sur les tortures.

Refuser de céder

Malgré cette première défaite, Azat et Elena refusent d’abandonner. Ils déposent de nouveaux recours, contestent les décisions prises et poursuivent leurs démarches presque quotidiennement. Dans le même temps, le comité « Sauver Azat » élargit la mobilisation internationale en recueillant les signatures d’organisations de défense des droits humains, de syndicats et d’associations à travers plusieurs pays. Cette double stratégie — judiciaire en Russie et politique à l’international — finit par produire ses effets : trois nouvelles audiences sont ouvertes dans deux tribunaux différents. Et là, Azat et Elena gagnent trois fois de suite.

23 juin : première victoire

Le 23 juin, le tribunal qui avait donné raison à l’enquêteur le 26 mai, est revenu sur son jugement. L’enquêteur a cette fois-ci été condamné pour avoir refusé à Azat la protection d’Etat à laquelle il a droit comme personne ayant signalé un crime.

29 juin : deuxième victoire

Le 29 juin, un autre tribunal a condamné cette fois-ci la prison où se trouve Azat pour avoir interdit à Elena de voir son mari, alors même que son statut de défenseur d’Azat le permet. Le juge a ordonné à la prison de donner à Elena un accès à Azat.

15 juillet : troisième victoire

Le 15 juillet, le premier tribunal a condamné l’enquêteur qui avait enquêté sur les tortures, sur le fait que son enquête était incomplète. Cet enquêteur est contraint de rouvrir son enquête en corrigeant un ensemble d’irrégularités.

Pourquoi ces trois victoires sont exceptionnelles

Elena Gorban, épouse d’Azat Miftakhov, mesure immédiatement la portée de ces décisions :

« En Russie, c’est tout de même quelque chose d’exceptionnel ! Surtout dans des tribunaux locaux, dans de si petites villes ! Là-bas, les enquêteurs, les procureurs, les agents du Service fédéral d’exécution des peines (FSIN) et les juges se connaissent tous, boivent des bières ensemble et vont au sauna ensemble ! D’ordinaire, il est pratiquement impossible d’obtenir justice à ce niveau, à moins de parvenir à faire appel devant des juridictions supérieures. »

Les avocats et les journalistes de Russie qui suivent l’affaire d’Azat ont eux aussi tous commenté l’aspect exceptionnel de ces trois victoires dans la justice russe.

Deux dynamiques se sont développées parallèlement. Tandis qu’Azat et Elena multipliaient les recours, le comité « Sauver Azat » élargissait sans cesse le soutien international à leur combat. Aujourd’hui, 56 organisations de 14 pays ont signé l’appel : Allemagne, Bénin, Brésil, Cameroun, Canada, Chypre, Espagne, Etats-Unis, Finlande, France, Italie, Kazakhstan, Moldavie, Suisse. S’ajoutent des organisations européennes, et des organisations internationales.

Ces trois décisions constituent les premières victoires judiciaires obtenues par Azat depuis le début de son emprisonnement. Elles sont le fruit de la détermination, la ténacité et l’acharnement d’Azat et Elena à aller jusqu’au bout. En même temps elles soulignent l’importance de la solidarité internationale.  C’est pourquoi cela nous conforte dans la nécessité d’élargir notre appel à toujours plus d’organisations. Chaque nouvelle organisation qui rejoint l’appel renforce la protection d’Azat Miftakhov et rappelle aux autorités russes que son sort est suivi bien au-delà de leurs frontières.

***

Voici les précisions apportées par Elena sur ces trois victoires :

La première audience, le 26 mai, devant le tribunal de Labytnangui (le tribunal dont dépend la colonie pénitentiaire IK-18), nous l’avons perdue. Nous contestions le fait que l’enquêteur chargé de l’examen préliminaire de la plainte pour torture ne répondait pas aux requêtes que nous lui adressions (des demandes formulées dans le cadre de la procédure). Or, la loi l’oblige à répondre en indiquant s’il les accepte ou les rejette. Au tribunal, l’enquêteur a pratiquement reconnu lui-même qu’il ne nous avait jamais envoyé de réponses, tout simplement parce qu’il ne comprenait pas vraiment ce qu’il devait faire. Malgré cela, le juge a décidé de le couvrir.

En revanche, nous avons remporté le procès suivant, le 23 juin. Devant ce même tribunal, nous avions déposé une plainte contre ce même enquêteur parce qu’il avait refusé d’accorder à Azat les mesures de protection de l’État sans avoir effectué toutes les vérifications exigées par la procédure. Ces mesures sont destinées à assurer la sécurité des personnes ayant signalé un crime susceptible d’avoir été commis. Selon la loi, après avoir reçu une telle demande, l’enquêteur devait procéder à des vérifications. Lui l’a rejetée sans les effectuer. Et, une fois encore, il l’a reconnu lui-même à l’audience, parce qu’il ne savait tout simplement pas ce qu’il était censé faire. Cette fois, le juge n’a pas voulu se compromettre et a fait droit à notre recours. Il a ordonné qu’un nouvel examen conforme à la loi soit mené sur cette demande. Autrement dit, l’enquêteur la rejettera probablement de nouveau, mais il devra d’abord faire un minimum de travail.

Ensuite, le 29 juin, nous avons également gagné devant le tribunal de Lioubertsy, près de chez moi (à côté de Moscou), dans le cadre d’un recours administratif contre la colonie pénitentiaire pour violation de mes droits. Il s’agissait de son refus de m’autoriser à rencontrer Azat en tant que défenseur. Le tribunal a ordonné que cette rencontre me soit accordée.

Enfin, le 15 juillet, s’est tenu un procès très important. Nous avons démontré que l’enquête menée par l’enquêteur sur les faits de torture était incomplète et qu’il avait refusé illégalement d’ouvrir une procédure pénale. Il devra donc poursuivre son enquête en corrigeant un certain nombre d’irrégularités. En d’autres termes… il refusera probablement encore une fois d’ouvrir une enquête pénale, mais plus tard. En attendant, nous allons le submerger de requêtes pour qu’il soit obligé de travailler sérieusement !


Le 13 juin une rencontre a eu lieu dans la librairie Publico en présence d’anarchistes russes de l’organisation « Les feux de la liberté » et de l’association Solidarité FreeAzat.

Ivan Astashin des « Feux de la liberté » a parlé de la répression que subissent les anarchistes russes et biélorusses. En particulier il a parlé du cas de Ruslan Sidiki, un anarchiste russo-italien, qui s’est opposé à la guerre en rentrant en résistance, comme les résistants français. Il a ainsi fait dérailler un train qui portait des munitions pour l’Ukraine. Il n’y a eu aucune victime. Ruslan a été surpris par une caméra de video-surveillance et a été arrêté. Il a été condamné à une peine de 29 ans de prison. Cette affaire est devenue emblématique pour les anarchistes russes. Dans ce cadre, des anarchistes ont contacté Solidarité FreeAzat. Nous avons conseillé d’écrire à l’ambassade d’Italie en Russie. L’ambassadeur est allé assister à l’audience de jugement de Ruslan. Ce qui est un geste diplomatique très important.

Par ailleurs un anarchiste français était venu pour montrer la bande dessinée qu’il a créée sur l’affaire de Ruslan et pour proposer la possibilité de la traduire en russe.

Alexandra de Solidarité FreeAzat a raconté l’arrestation d’Azat Miftakhov, la façon dont il a été menacé par les services russes avant d’être arrêté, et la première audience d’Azat à laquelle Alexandra s’est rendue et où elle a rencontré Azat et sa compagne Elena pour la première fois.

Les anarchistes français avaient des questions sur la répression. Alexandra et Ivan ont expliqué que la peur diffuse partout tient la société dans un système de terreur. Solidarité FreeAzat a rappelé qu’ Alexandra avait été perquisitionnée à 6H du matin et son mari frappé au sang et arrêté : des voisins avaient dénoncé une bannière antiguerre qu’ils avaient mise sur le balcon de la cour intérieure de leur immeuble.

Enfin, un débat a été amorcé, sur la question de l’engagement dans la guerre en Ukraine. En effet, Ivan a parlé des compagnons anarchistes russes et ukrainiens engagés dans la guerre. Quant certains Français ont pointé leur opposition farouche à la guerre. Cette discussion a suscité le désir de continuer à échanger nos points de vue sur ce point si peu discuté et débattu dans l’espace militant.

Solidarité FreeAzat remercie la librairie Publico pour son accueil et espère pouvoir organiser prochainement une soirée de lettres dans ce lieu emblématique.

Le 30 avril 2026 Solidarité FreeAzat organise une réunion en visio regroupant des militants et des organisations.

Cette organisation permet la constitution du Comité « Sauver Azat ».

Transféré fin avril 2026 dans une prison de Kharp, sur le cercle arctique, région aride et inaccessible, dans un lieu de détention connu pour ses conditions inhumaines, dans la ville-même où l’opposant Alexeï Navalny a trouvé la mort, Azat est en grand danger.

Le comité qui se constitue vise à réunir des organisations et des militants afin de démarrer une campagne internationale pour libérer Azat.

Le comité est constitué des organisations suivantes :

Solidarité FreeAzat

Libre Pensée

Ligue des droits de l’homme

Union syndicale SOLIDAIRES

Zone de Liberté

Collectif Russie Progressiste

L’Adieu aux Armes

Le Réseau Bastille

Relations internationales de la fédération anarchiste

Groupe Navalny France

Ensemble nous décidons une campagne en Europe, au Brésil et aux Etats-Unis, pour faire connaître la cause d’Azat et œuvrer à sa libération par tous les moyens possibles, échange de prisonnier et adresse au gouvernement russe.

Le lundi 4 mai 2026, nous apprenons qu’Azat a été torturé dans la prison IK 18 de Iamalo-Nénétsi, ville de Kharp. Son témoignage nous parvient :


Le 21 avril 2026, entre 13 h et 18 h, on m’a conduit au bâtiment de l’administration où se trouve le service des opérations. Parmi les détenus et les habitants du coin, cet endroit est appelé « Loubianka ». Il y avait là deux détenus : Bulanov et Mikhaïl. Ils m’ont conduit aux toilettes et m’ont dit de nettoyer la cuvette. J’ai refusé. Ils m’ont alors dit que je devais entrer dans le bureau voisin.

Je suis entré dans ce bureau, où se trouvait l’employé Mikhail Anatolievitch Sobolev. Nous avons discuté pendant environ une heure et demie ; il semblait être un homme calme et normal. Nous avons abordé divers sujets et, à plusieurs reprises, la conversation revenait toujours au fait que je devais faire tout ce qu’on me disait ici. En particulier, par exemple, nettoyer la cuvette des toilettes. À chaque fois, j’ai protesté et refusé de le faire.

Puis, lorsque j’ai refusé une nouvelle fois, il a soit appuyé sur un bouton, soit passé un coup de fil, je ne m’en souviens plus, après quoi les deux mêmes détenus se sont immédiatement précipités dans le bureau. Ils m’ont plaqué au sol. Bulanov s’est assis sur mon torse. J’étais alors allongé sur le dos. Mikhaïl s’est assis sur mes jambes et a commencé à les enrouler de ruban adhésif. J’ai essayé par tous les moyens de me dégager. Finalement, ils m’ont quand même enroulé les jambes de ruban adhésif, puis Mikhaïl m’a donné plusieurs coups de poing dans l’aine pour que je cesse de résister. Ensuite, ils ont commencé à m’enrouler les mains de ruban adhésif. Après cela, ils m’ont retourné sur le ventre.

Puis Sobolev M.A. s’est joint à eux : il s’est assis sur mon dos, Mikhaïl s’est assis sur mes jambes, et Bulanov s’est mis à me frapper les talons avec un marteau en bois. J’ai commencé à crier de douleur, et Sobolev s’était assis de telle manière qu’il me serrait le dos, ce qui m’empêchait de respirer. J’avais mal et, en même temps, j’avais beaucoup de mal à respirer. J’ai commencé à m’étouffer et à perdre connaissance.

Quand mes cris ont commencé à s’éteindre, Bulanov a cessé de me frapper les talons. Ils ont attendu que je reprenne mes esprits, puis ils ont recommencé à me frapper les talons et à me serrer le dos, et j’ avais du mal à respirer.

J’ai recommencé à perdre connaissance, et ils ont cessé de me frapper. Puis ils ont commencé à me menacer de viol. Ils m’ont retiré mon pantalon et mon caleçon. Bulanov et Mikhaïl m’ont affirmé, chacun à leur manière, que j’allais être violé. Mikhaïl a commencé à enduire mon anus de crème avec ses doigts, mais à un moment donné, il a arrêté, tout en continuant à me menacer de me pénétrer à tour de rôle.

Puis un employé est entré dans le bureau ; si je me souviens bien, il s’appelait Alexeï Viktorovitch. Il n’avait pas pris part à tout cela, mais il m’a vu allongé, le pantalon baissé. Il a échangé quelques mots avec Sobolev, et quelques minutes plus tard Bulanov m’a saisi par les bras, et Mikhaïl par les jambes, et c’est ainsi qu’ils m’ont traîné dans le couloir. Il y avait là une bouche d’égout. Ils ont commencé à me menacer de plonger

ma tête dans les eaux usées qui remplissaient l’égout.

Ils ont approché mon visage de ces immondices, et alors que mon visage n’était plus qu’à 2 cm de tout cela, ils m’ont tiré en arrière et m’ont ramené dans le bureau. Sobolev était également présent pendant tout ce temps.

Quand on m’a ramené dans le bureau, Bulanov et Mikhaïl ont commencé à me frapper au visage avec la paume de la main, à me donner des coups de pied (sur le corps, sur le cou) et à continuer de me menacer de viol. Cela a duré plusieurs minutes. On m’a de nouveau retourné sur le ventre, puis Bulanov et Mikhaïl sont partis quelque part. Sobolev est resté. Il s’est approché de moi et s’est mis à me frapper méthodiquement la tête avec la paume de la main. Il a continué ainsi pendant un bon moment, une centaine de fois environ. Puis il s’est assis à son bureau, avant de revenir vers moi et de me couvrir le nez et la bouche avec ses mains, de sorte que je ne pouvais plus respirer. Je commençais à suffoquer et à perdre connaissance. Alors que j’étais sur le point de perdre connaissance, il a retiré ses mains. Puis, quelque temps plus tard, il s’est remis à me frapper à la tête avec la paume de la main. Il m’a frappé ainsi une cinquantaine de fois. Peu après, Bulanov et Mikhaïl sont revenus.

Ils m’ont de nouveau saisi, comme auparavant, et m’ont emmené au deuxième étage, dans le bureau de la section des opérations. Là-bas se trouvaient deux agents : Kiselev Pavel Pavlovitch et Evgueni Adzievitch (je ne connais pas son nom de famille). On m’a allongé sur le sol, sur le ventre. J’ai senti qu’on enroulait un fil autour de l’auriculaire de ma jambe droite. J’ai commencé à me débattre, mais ils ont fini par brancher le fil d’abord à ma jambe droite, puis à la gauche. Ensuite, Bulanov a mis le courant. J’ai poussé un cri. Il a dit : « Ah, tu hurles, salope ». Et après ça, il a laissé le courant plus longtemps encore.

La douleur était si atroce que je me suis mis à hurler de toutes mes forces. C’est alors que Bulanov et Mikhaïl ont réfléchi à un moyen d’étouffer mes cris. Mikhaïl est sorti dans le couloir et a allumé la radio à fond. Quant à Bulanov, il a mis de la musique pop sur le lecteur CD. Puis Bulanov a de nouveau fait passer le courant. Dès que j’ai commencé à crier, Mikhaïl m’a mis une serviette sur la bouche. J’avais très mal et j’avais très peur, au point que j’avais envie de perdre connaissance. Quand j’ai commencé à perdre connaissance, ils ont coupé le courant. Une demi-minute plus tard, ils ont réactivé le courant, et tout cela a continué encore un certain temps : ils branchaient le courant sur moi et me plaquaient une serviette sur la bouche.

Ils ont de nouveau coupé le courant, m’ont retourné et m’ont fait asseoir par terre, adossé à la table d’examen ; je voyais les fils qui partaient de mes jambes.

Les agents ont commencé à me parler et à me convaincre que je devais faire tout ce qu’on me disait. Je refusais. Après cela, ils m’ont à nouveau envoyé des décharges électriques (Bulanov et Mikhaïl), puis ils m’ont à nouveau parlé, j’ai à nouveau campé sur mes positions, et ils m’ont envoyé des décharges électriques une nouvelle fois.

Après cela, Evgueni Adjievitch a ordonné qu’on me retire les fils et qu’on coupe le ruban adhésif dont j’étais enveloppé. Et on m’a permis de remettre mon caleçon et mon pantalon. Bulanov et Mikhaïl ont quitté le bureau.

Je restais debout et discutais avec les agents. Puis deux autres agents sont entrés, eux aussi insistaient de toutes les manières possibles pour que je fasse ce qu’on m’ordonnait. Je continuais à camper sur mes positions.

À la fin de la journée de travail, on m’a emmené dans la salle de quarantaine. Evgueni Adzievitch m’a alors promis qu’il me parlerait le lendemain. Quand je suis revenu en « quarantaine », j’avais très mal aux talons, à l’aine et aux mollets, sans doute à cause des décharges électriques.

Compte-rendu de la réunion d’urgence pour Azat du 25 avril 2026

Après avoir appris le transfert d’Azat dans une prison de Iamalo-Nenetsie, dans des conditions extrêmement arides, voire dangereuses, et dans la ville même où l’opposant Navalny a été tué, Solidarité FreeAzat a convoqué une réunion en urgence.

Ainsi, le 25 avril 2026, à la Bourse du travail de Paris, une cinquantaine de personnes étaient présentes dans la salle ou en visio, pour discuter d’une campagne pour sauver Azat.

Trois organisations françaises étaient présentes : le syndicat Solidaires, les relations internationales de la Fédération anarchiste, la Ligue des droits de l’homme.

Etaient également présents Aurélien Saintoul, Député de la République française et Sophia Chikirou, Conseillère de Paris et Députée de la République française.

Nous avons discuté des moyens d’entamer une campagne internationale, notamment en France, au Brésil et aux Etats-Unis pour protéger Azat et continuer à œuvrer à sa libération.

Si vous voulez rejoindre notre action, contactez-nous : libertepourazat@gmail.com

Chers soutiens d’Azat Miftakhov,

REUNION D’URGENCE POUR SAUVER AZAT MIFTAKHOV

SAMEDI 25 AVRIL 2026

14H-17H

67 RUE DE TURBIGO – 75003 PARIS

Nous venons d’apprendre que le brillant mathématicien russe Azat Miftakhov, emprisonné depuis 2019 pour son opposition au régime expansionniste et impérialiste de Vladimir Poutine, est actuellement en cours de transfert pour la prison de haute sécurité de Kharp.

Cette nouvelle nous inquiète au plus haut point.

Située au pôle nord (région autonome de Iamalo Nenetsie), dans une zone inaccessible, aride, aux températures extrêmes (températures négatives d’octobre à mai descendant jusqu’à -50 degrés), cette cellule est connue pour ses conditions carcérales inhumaines. C’est l’endroit même où l’opposant Alexey Navalny a été tué.

Isolé au-delà du cercle polaire et dans de telles conditions, Azat encourt un très grand danger.

Notre réunion de samedi 25 avril a pour but de discuter de la campagne que nous démarrons pour sauver Azat.

L’ASSOCIATION SOLIDARITÉ FREEAZAT ET SON COMITÉ DE SOUTIEN ALERTENT : AZAT MIFTAKHOV, MATHÉMATICIEN RUSSE ET DISSIDENT, EST SOUMIS À LA TORTURE DANS LES GEÔLES POUTINIENNES

Depuis 2019, Azat Miftakhov est incarcéré dans le cadre d’une procédure judiciaire fabriquée, reconnue comme un procès politique par de nombreuses organisations internationales. Ces derniers jours, la situation s’est dramatiquement aggravée : Azat a été transféré de force dans la prison de haute sécurité de Kharp (IK-18).

Située sur le cercle polaire arctique (région autonome de Iamalo-Nénétsie), cette prison est isolée dans une zone inhospitalière aux températures extrêmes (descendant jusqu’à -50°C d’octobre à mai). Elle est tristement célèbre pour ses conditions carcérales inhumaines et se trouve dans la même ville que celle où l’opposant Alexei Navalny a été assassiné.

Azat y a déjà été victime de tortures. Selon un témoignage direct daté du 21 avril 2026, Azat a été soumis à des sévices physiques et psychologiques atroces : déshabillement forcé, ligotage, étouffement, coups répétés, électrocution et prémices de viol. Ces actes de barbarie avaient pour unique objectif de briser sa volonté.

Le comité de soutien, déjà mobilisé pour la libération immédiate d’Azat, dénonce fermement ces agissements criminels, en violation totale du droit international et des conventions contre la torture. Ces méthodes démontrent la volonté du régime actuel d’éliminer toute dissidence.

Nous exigeons l’arrêt des tortures et la libération d’Azat Miftakhov.

Nous appelons les citoyennes et les citoyens, quelle que soit leur nationalité, à soutenir et diffuser notre appel.

Nous exhortons les gouvernements, l’Union européenne, le Conseil de l’Europe et les Nations Unies à intervenir pour la libération d’Azat. 

La vie d’Azat Miftakhov est en danger immédiat. Sauvons Azat avant qu’il ne soit trop tard ! 

Paris, le 11 mai 2026

Liste des signataires le 25 mai 2026

Allemagne

BAG Russischsprachige Linke (Bundesarbeitsgemeinschaft der Partei Die Linke in Gründung)

Campagne #FREE120

Demokrati-JA

Dialog und Solidarität e.V.

Feminist Anti-War Resistance Nordrhein-Westfalen

Bénin

Syndicat national de travailleurs des services de la santé humaine SYNTRASESH

Brésil

Central sindical e popular CONLUTAS

Cameroun

Syndicat des travailleurs saisonniers de la filière canne à sucre STRASCAS

Canada

Procès de Nuremberg 2.0

Chypre

Société démocratique des Russes de Chypre

Etat espagnol

Confederacion General del Trabajo CGT

Etats-Unis

People for free Russia

Finlande

Initiative for resistance and dialogue

France

Arguments pour la lutte sociale

Collectif Russie Progressiste

Comité français du Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine

Démocratie radicale

Equipe Navalny France

Exil Solidaire

FSU 03

Institut Sakharov

L’Adieu aux Armes

Libre Pensée

LDH

Mémorial France

Relations internationales de la fédération anarchiste

Réseau Bastille

Russie-Libertés

Solidarité FreeAzat

Ukraine CombArt

Union communiste libertaire

Union départementale FO 35

Union syndicale SOLIDAIRES

Vesna France

Italie

Associazione dei Russi liberi

Kazakhstan

Erkindik Qanatty

Moldavie

Platforma

Europe

European Network for Solidarity with Ukraine

Organisation internationale

Boris Kagarlitsky International Solidarity Campaign

Memorial political prisoners

Platform of Civic, Anti-War and Humanitarian Initiatives

Réseau syndical international de solidarité et de luttes

Zone de Liberté

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